###### Tags: `Grenoble 2040` `imaginaires` `biocentrisme` `anthropocentrisme` `design fiction`
[Retour sur le pad principal **Projet PISTE Grenoble 2040**](https://pad.lescommuns.org/s/projet_PISTE_Grenoble2040?both)
# Nos imaginaires
Ce PAD permet de **détailler les imaginaires** que nous avons développé dans le cadre du **projet Grenoble 2040**.

## Sommaire
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[TOC]
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## La stratégie
Dans le cadre de la méthode de design fiction, nous avons choisi de proposer deux imaginaires qui provoquent de la réaction et du débat.
Les 2 idées partent du même cadre et du **même constat** pour arriver à 2 scénarios différents, aux logiques opposées. L'objectif est d'amener le public à se positionner sur la question de la place de la nature en ville et de la relation entre humain•es et non-humain•es.
Lien de la fiche sur [**Les imaginaires, c'est quoi ?**](https://pad.lescommuns.org/s/c_est_quoi_les_imaginaires#) pour expliciter les imaginaires et la méthode de design fiction.
## Le contexte Grenoble 2040
Dans un futur proche, le changement climatique et la crise de la biodiversité seront encore plus flagrants, avec des conséquences sur les modes de vie humains et non-humains, et seront accentués en ville avec des températures plus extrêmes, des niveaux de pollution importants, une détérioration de l'accès à l'eau et de sa qualité, des conséquences sur l'alimentation...
Nous partons donc d'un triple constat dans le cadre du projet Grenoble 2040 :
- il y a une crise de la biodiversité majoritairement dûe à l'articifialisation des sols, et donc un nécessité urgente à limiter l'étalement urbain, à réduire l'imperméabilisation des sols
- il faut lutter contre les îlots de chaleur qui vont aller en s'empirant avec le changement climatique en ville, et qui participent pour beaucoup à l'inconfort ressenti en ville
- il y a un besoin de reconnexion à la nature (voir la "crise de la sensibilité" de Baptiste Morizot et une [étude](https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-03621634/document) sur le lien en santé (physique et mentale) et nature)

Ce cadre de contexte nous sert de point de départ pour développer les 2 scénarios suivants.
## La proposition
On imagine utiliser l'espace de la place Vaucanson, actuellement un parking goudronné, pour renaturer la ville (proposition visible sur la [**fresque de Grenoble 2040**](https://fresque2040.grenoble.fr/index.html)).
Cette zone a été identifiée comme un îlot de chaleur urbain par les études de la ville de Grenoble, ainsi que comme un espace très exposé à la pollution atmosphérique et au bruit. Il y a donc un véritable enjeu autour de la renaturation de cette place.
### Les questionnements que l'on veut faire surgir
- Questionner notre rapport à la nature
- Questionner l’usage des sols en ville
- Questionner ce qu’on définit comme essentiel
Cette réorganisation des déplacements à échelle d'une place permet de comprendre le conflit entre densification de la population et lutte contre l'artificialisation des sols. De plus, il y a moins d'espaces pour les activités humaines, il faut donc se questionner sur les activités qu'on choisit de laisser de côté.
### Les 2 scénarios
Les imaginaires que nous voulons solliciter sont centrés sur une adaptation frugale et conviviale aux enjeux socio-environnementaux. On parle ici d'une projection dans un monde sobre en termes d'énergie, d'eau, d'espace foncier et de ressources, qui réfléchit la ville comme un espace axé sur l'humain et sa santé.
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**:apple: Frugalité** : La frugalité signifie vivre avec moins, mais mieux, en faisant des choix conscients et réfléchis pour maximiser le bien-être collectif tout en minimisant le gaspillage et l'excès. A la différence de la notion de sobriété, ce concept y ajoute une appréciation des choses simples et essentielles de la vie.
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**:tada: Convivialité** : La convivialité désigne un contexte chaleureux et accueillant favorisant des relations saines entre personnes. Elle peut aussi caractériser la facilité d'utilisation ou d'appropiation d'un outil ou d'un système.
Dans le contexte d'un projet, on parle de convivialité lorsque l'on donne de l'importance à la diffusion et à l'appropriation des connaissances par tous·tes. Il y a donc un véritable enjeu à décomplexifier les projets et à autonomiser les usager.ères afin de leurs redonner de la capacité d'agir.
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On pourrait alors imaginer une société dans laquelle il y a un renversement du système actuel de valeurs : un système qui favorise davantage le collectif plutôt que l’individualisme, la coopération plutôt que la compétition, la réparation plutôt que l’accumulation.
Cela pourrait s'illustrer par le développement de certains concepts : colocation de personnes agées, multiplicité des usages des bâtiments en fonction des temporalités (jour/nuit, jours travaillés/jours de repos, saisons,...), ateliers de réparation et de fabrication répartis dans la ville, mutualisations de voitures et d'objets au sein d'habitats collectifs...
Dans le cadre du projet Grenoble 2040, cela se traduit par une réflexion sur notre rapport au vivant. Nous avons alors décidé de mettre en récit deux approches de la relation au vivant, une vision centrée sur l'humain (l'anthropocentrisme) et une vision centrée sur la nature (le biocentrisme).
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**L'anthropocentrisme** est une perception du monde qui place l'humain•e au centre de l'Univers et qui appréhende la réalité au travers de la seule **perspective humaine**. La nature est donc considérée inférieure aux humain•es et est exploitée dans ce sens. Cela ne veut pas dire que l'activité humaine est systématiquement destructrice, mais que la relation à la nature est vue par le prisme du service rendu et de l'utilitarisme anthropocentré.
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**L'utilitarisme** est une façon d'agir de manière à maximiser le bien-être collectif, entendu comme la somme (ou la moyenne) du bien-être de l'ensemble des êtres affectés, ici les êtres humains.
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**Le biocentrisme** est une vision du monde dans laquelle l'humain•e n'est pas supérieur•e aux autres êtres vivants. L'humain•e fait partie d'un tout avec qui iel forme des alliances. La vision utilitariste peut alors être axée sur l'ensemble des êtres vivants, **sans hiérarchie**.
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#### Quelques inspirations visuelles
##### Le travail de [Luc Schuiten](https://www.vegetalcity.net/en/lyon/)
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Tous droits réservés
##### Le travail de [Benjamin Marquette](https://www.benjaminmarquette.com/)
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Tous droits réservés
### Vision anthropocentrée
#### La nature, espace ressource pour les habitant•es
La relation à la nature est vue via le prisme des services écosystémiques qu'elle peut nous rendre en tant qu'humain•es.
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**Les services écosytémiques** ou services écologiques sont des bénéfices fournis par les écosystèmes aux sociétés humaines et au vivant. Ces services regroupent aussi bien des processus vitaux (la pollinisation des cultures, la purification de l'eau ou la régulation du climat) que des ressources matérielles (le bois de contruction, les fruits) ou des espaces de loisirs, de ressourcement culturel et spirituel (services de régulation, d'approvisionnement et culturels).
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On est alors en face d'une entité non sensible, qu'il faut préserver si on veut continuer à bénéficier de ses services, mais sans relation de respect ou d'égalité.
#### Comment cela s'illustre dans la ville ?
Dans un scénario anthropocentré mais frugal, la biodiversité en ville permet d'avoir de la fraîcheur, de stabiliser les sols, de participer à l'infiltration de l'eau de pluie. Associée à des valeurs de partage et de création de Communs, on peut imaginer la création de forêts comestibles en ville, pour faire de l'espace public un lieu ressource. Dans ce parc-forêt, des objects tels que des livres, des couvertures ou même des hamacs seraient en libre service grâce à l'installation de boîtes de prêt, incitant ainsi au partage. Dans cette même logique, une cuisine collective solaire pourrait permettre de cuire les fruits récoltés par les habitant•es et de créer des réserves communes de nourriture tout en créant du lien et en remettant des traditions saisonnières fédératrices au centre de nos modes de vie. Le rythme de travail moins intense permet de donner de son temps au collectif et de participer à l'entretien du parc, d'organiser des ateliers d'horticulture, de faire de la méditation et de la danse les pieds dans l'herbe...
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**Un Commun** est une propriété collective, une **ressource**, qui est gérée par une **communauté** ayant une **gouvernance** transparente, approuvée et permettant la participation de toutes les parties prenantes.
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#### Quelles limites pour cet imaginaire ?
L'imaginaire proposé n'est pas en rupture avec le monde actuel, il se situe toujours dans un monde capitaliste qui exploite la nature et les gens pour vivre, cet imaginaire qui ne remet donc pas en question les institutions et les systèmes politiques et économique actuels.
### Vision biocentrée
#### La rupture avec le vivant
Dans la société occidentale actuelle, la séparation avec le vivant date de plusieurs siècles : l'humain•e s'est extrait du vivant et le voit comme hostile, ce qui lui a permis de l'exploiter. Pour changer de vision du monde, un travail de changement de valeurs est nécessaire, cette perception anthropocentrée ayant menée à la destruction du vivant que nous connaissons actuellement.
Le biocentrisme, concept initié par Paul Taylor à la fin du XVIIIIème siècle, introduit que chaque être vivant doit être considéré comme égal, et digne de considération morale. Les êtres vivants sont ainsi tous parents entre eux : on peut remonter de l'un à l'autre sans discontinuité.
Pourtant le déni de l'ascendance commune est une des raisons de la rupture humain•es / animaux. En niant cette relation, l'humain•e peut ne pas respecter les non-humain•es et donc les exploiter (domestication, agriculture, élevage...), en créant ainsi une catégorie "autres" et en se plaçant comme supérieur à ces "autres".
Cette rupture n'est pas sans effets sur les humain•es, en plus de la catastrophe environnementale en cours qui menace les conditions de vie de millions de personnes. Le philosophe [Baptiste Mozirot](https://fr.wikipedia.org/wiki/Baptiste_Morizot) parle d'une "**crise de la sensibilité**", c'est-à-dire "un appauvrissement de ce que l'humain•e peut voir, sentir et comprendre de son environnement, notamment dans les relations qu'il entretient à l'égard des autres espèces animales." dans le contexte de la crise environnementale. Il propose de se détacher de notre vision égocentrique de supériorité morale et technique par rapport aux autres êtres vivants pour repenser nos relations avec ceux-ci et "entendre" à nouveau, de retrouver un rapport poétique au vivant pour renouer avec notre part de sauvage.
#### Le vivant, entité égale et alliée
La priorité semble être d'abord à la régénération de la biodiversité, avant de chercher à restaurer une relation équilibrée avec elle. Il faudrait également se défaire de l'imaginaire réducteur et infériorisant associé aux non-humain•es, en se représentant comme vivant•e parmis les vivant•es. L'idée est ensuite de chercher à créer des alliances avec le vivant, pour co-exister dans les mêmes espaces.
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**Alliance** : relation lorsque deux collectifs agissent dans la même direction, sont interdépendants ou se renforcent, et ont les mêmes adversaires.
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En opposition avec l'utilitarisme anthropocentré de la notion des services écosystémiques, on ne va pas simplement bénéficier de l’action d’un vivant, par exemple les pollinisateurs ou le castor, mais on va transformer nos usages de la terre de manière à ce qu’ils soient compatibles avec les exigences et les dynamiques du vivant, en n'exploitant pas un type de fleurs mellifères, en arrêtant de chercher à contrôler les rivières...
Il est donc important, dans le cadre de ce projet, de replacer l'humain•e au sein du groupe du vivant, duquel il s'est auto-extrait. Il est nécessaire de fonder des alliances avec les non-humain•es, reconnaître l’importance de leurs actions et dépasser la vision utilitariste de la nature pour développer une éthique de la coexistence.
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#### Comment cela s'illustre dans la ville ?
Pour suivre ce sourant du biocentrisme et se reconnecter au vivant, il nous apparait alors cohérent de recréer un espace de nature sans humain•es pour la laisser se régénérer et renverser la vision du vivant à notre service, en vue de, plus tard, en 2100 par exemple, revenir dans cet espace en ayant des relations non hiérarchisées et plus harmonieuses avec tous les écosystèmes.
La place Vaucanson deviendrait ainsi un espace sanctuarisé dans un premier temps, pour que les terres polluées redevienent favorables à la végétation, que la faune s'installe dans les arbres, dans le sol. Cela pourrait être un espace d'apprentissage pour les humain•es, en laissant de la place au vivant, en permettant que la biodiversité se développe à sa façon, en remettant au centre la temporalité du vivant. En construisant des passerelles à emprise au sol réduite, les humain•es expérimenteraient en se balladant dessus une posture d'humilité et d'écoute, tout en pouvant s'immerger dans un espace restauré.
## Sources
Baptiste Morizot : « Le vivant n’est pas une petite chose fragile mais un allié » . (2023, 11 mai). Reporterre. [lien](https://reporterre.net/Baptiste-Morizot-Le-vivant-n-est-pas-une-petite-chose-fragile-mais-un-allie)
Denize, J. (2021, 25 novembre). Les relations entre la biodiversité et la santé humaine. [lien](https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-03621634v1)